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Salariés confinés, enseignants connectés !

Thierry H est professeur de taichi chuan et de qigong depuis 20 ans.
Il donne cours depuis 10 ans aux professeurs et au personnel administratif d’un établissement de l’enseignement supérieur de la région toulousaine.
 
TH : Avec le confinement, l’établissement a arrêté ses activités. Du jour au lendemain, le personnel était en télétravail.
Je n’avais aucune expérience de distanciel auparavant, mais nous avons sauté le pas ensemble, avec la volonté de garder le lien.
J’ai trouvé un outil d’animation en « live » (direct), et je m’y suis familiarisé rapidement .
Les élèves ont très rapidement rejoint les séances. Ainsi, ils ont pu continuer leur apprentissage sans aucune interruption.
 

SM : Ces élèves devaient être heureux de se retrouver « entre eux », « comme d’habitude » dans une période chahutée ?

TH : Oui, c’est vrai.
Nous commençons 15 mn avant pour l’accueil, discuter, un peu « comme devant la porte », et la séance dure 45 mn.
Ils apprécient beaucoup ces moments d’échanges, avant et après chaque cours.
Je leur ai proposé de rejoindre les cours en distanciel avec mes autres élèves, des différents lieux de cours. Ça a très bien marché,  et à travers ces nouvelles rencontres, ça leur a donné l’impression d’appartenir à une plus grande communauté.

 
SM : Certains enseignantS FAEMC qui animent les séances en distanciel ont vu de l’entraide s’organiser, entre élèves, à l’occasion des séances. Soutien, coups de mains, même très pratiques parfois (pour un déménagement !). As-tu constaté cela ?

TH : Oui, mes élèves se sont sentis rapidement « en famille » et dans une famille qui comprend  désormais 200 membres ! Dans une période où on peut se sentir seul ; ça fait du bien.
La pratique nous permet de nous comprendre très vite quels que soient nos milieux et parcours.
Il y a même des élèves hors région, rencontrés dans les stages, qui ont pu profiter de cette opportunité pour poursuivre ou reprendre leur apprentissage.
Et je remarque que le digital permet à des personnes qui, du fait de problèmes de santé,  ne pouvaient plus participer, de reprendre une pratique adaptée.

SM : Techniquement, as-tu trouvé difficile de donner cours en distanciel ?
 
TH : Une fois les bons outils trouvés, les premières émotions, le temps de s’adapter au format, d’ajuster sa pédagogie, j’ai rapidement trouvé le même plaisir que d’habitude. Il est important de garder à l’esprit que l’outil doit rester au service des progrès des participants.
Il faut penser à bien orienter la caméra, savoir se placer, organiser l’éclairage, pratiquer en miroir, parfois de dos... Jouer sur tous les outils pédagogiques à notre disposition.
J’ai beaucoup appris grâce au « retour vidéo ». Le fait de pouvoir me voir grâce à l’enregistrement, m’a permis d’être plus vigilant sur des tics de langage, de corriger les gestes parasites. J'étais déjà à l'aise sur l'expression en public, mais je suis certain d’avoir progressé.

 
SM : Comment tes élèves ont-ils trouvé le chemin de la classe virtuelle ?

TH : Ils ont un référent dans l’entreprise, qui fait le lien avec les animateurs d’activités sportives, et j’ai leur adresse mail pour communiquer avec eux.
J’ai intégré une fiche de procédure « cours en ligne » sur mon site internet, avec quelques conseils et consignes.
Après, quelques rares problèmes de version d’"explorateurs", de tablettes. ça reste un outil techniquement très accessible au plus grand nombre.

 
SM : Classes virtuelles ou vidéos, comment gères-tu les deux?

TH : Je propose des vidéos, des tutoriels dans l’espace membre de mon site internet et j’enregistre la séance « live » avec un camescope, que je publie ensuite sur un réseau social.
 
SM : Cela  te prend-il plus de temps qu’un cours habituel ?

TH : Je passe moins de temps en trajets, mais il faut tenir compte de la préparation et du « post cours ». Par exemple, je prends 20 minutes pour le montage des séances vidéos, et leur mise en ligne, en moyenne.
J’ai aussi dû accompagner ceux qui sont moins à l’aise avec le digital. Mais les élèves de cours « entreprises » sont, souvent, plus familiarisés avec les outils de réunion et formation à distance que les séniors des cours en journée.

SM : Quel conseil donnerais-tu aux enseignants qui se lancent dans l’aventure du digital ?

TH : Il faut être plus descriptif encore que dans les cours en présentiel.  Mais les formations que nous avons suivies à la FAEMC nous y entrainent, et nous en mesurons encore plus l’importance. 
Profitez du groupe Facebook "Enseigner à distance",  créé par le groupe de travail FAEMC "Digital Laoshi"* à l'attention des enseignants diplômés, pour partager nos questions et bonnes pratiques. C’est une vraie force ; nous avons toujours à apprendre les uns des autres !

 
SM : Quel message pour les participants aux cours en entreprise ?

TH : Continuez à pratiquer, apprendre. Appuyez-vous sur votre mémoire, et créez des groupes sur les réseaux sociaux pour progresser ensemble. Que votre enseignant ait eu la possibilité ou pas de vous proposer des cours à distance, que vous ayez les connexions suffisantes pour le rejoindre ou pas, dans tous les cas, cette période peut vraiment vous faire progresser sur une pratique autonome.
 
SM : Combien de temps resteras-tu dans la « classe virtuelle » ?  
Nous ne le savons pas encore. Mais il est fort probable que nous mettrons en place des formules pour le mois de juillet. Beaucoup de projets de vacances sont compromis. Et puis, nous réfléchissons, dans l’association. Il est possible que nous continuions à proposer un enseignement en distanciel de façon pérène. Nous avons des demandes en ce sens.

*Digital laoshi = vieux / digne professeur chinois, en version digitale